Sur la crise des migrants, interview de François Gemenne, spécialiste des flux migratoires

15 Sep

« Aucun projet migratoire n’est illégitime et vouloir séparer les « bons » des « mauvais » migrants – l’immigration « choisie » et l’immigration « subie » – est insupportable. »

Une excellente interview, d’un journal d’une grande qualité, que je me devais de relayer sur ce blog.

François Gemenne est spécialiste des migrations et chercheur en sciences politiques à l’université de Liège, en Belgique, et à Sciences-Po Paris.

Les grands capitales européennes semblent découvrir la situation des migrants alors que vous travaillez cette question depuis plus d’une décennie. Cette inertie n’est-elle pas insupportable ? Et comment s’explique-t-elle ?

Cette inertie à l’égard des migrants est criminelle et insupportable, en effet. Cela fait au moins vingt ans que l’Union européenne s’est donnée pour objectif de développer une politique commune en matière d’asile et d’immigration, et jusqu’ici cette politique s’est résumée à un renforcement des frontières extérieures, pour créer une forteresse réservée à 700 millions de privilégiés. Cela s’explique pour plusieurs raisons : en premier lieu, l’Europe n’a pas encore développé de véritable projet politique sur la question. Les réponses sécuritaires déployées jusqu’ici ne peuvent masquer l’absence de projet politique sur l’asile et l’immigration. Mais surtout, les Etats restent très réticents à coopérer sur ces questions, principalement pour des raisons idéologiques absurdes, et restent arc-boutés sur une souveraineté nationale fantasmée. De ce fait, le projet politique européen sur l’asile et l’immigration est resté lettre morte. Le résultat de cette inertie, c’est 22 000 morts en Méditerranée depuis 2000. C’est l’Europe qui est devenue la destination du monde la plus meurtrière pour les migrants. Et c’est l’Europe qui s’est mise elle-même dans cette situation qui la dépasse aujourd’hui. C’est pour cela que la tragédie actuelle est une crise européenne, même si l’Europe n’est pas seule en cause.

Plus de 300 000 personnes semblent avoir tenté de franchir la Méditerranée depuis le début de l’année. Ces chiffres sont-ils colossaux au regard de l’histoire ?

Non. Ce sont évidemment des chiffres importants, qu’il ne faut pas minimiser, mais qu’il faut remettre en perspective. L’afflux actuel de réfugiés représente 0,068% de la population européenne. Il y a plus de 4 millions de réfugiés syriens. L’Europe en accueille moins de 10%. Il y a 60 millions de personnes déplacées par des guerres et des violences dans le monde : c’est cela le chiffre colossal, le plus important depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et l’Europe n’accueille que 6% environ de ces 60 millions de personnes. La plupart se trouvent dans les pays en développement – le plus grand camp de réfugiés du monde, par exemple, se trouve au Kenya. Au regard de l’Histoire, l’Europe a la mémoire particulièrement courte : le statut de réfugié est créé en 1951 par la Convention de Genève pour répondre à ce qui était à l’époque une crise des réfugiés insupportable. Et cette crise avait lieu… en Europe, avec des réfugiés européens. Jusqu’en 1967, le statut de réfugié, que l’Europe renâcle tant à accorder aujourd’hui, ne s’est appliqué qu’en Europe.

Y a-t-il une hiérarchie des migrants ?

On a vu ces dernières semaines un débat important dans les médias sur le vocabulaire à utiliser : « migrants » ou « réfugiés » ? Cette question est évidemment très importante, mais elle traduit aussi une certaine hiérarchie des migrants, comme si nous avions des obligations morales vis-à-vis des réfugiés que nous n’aurions pas vis-à-vis des migrants. Bien nommer les choses est important, et migrants et réfugiés ne quittent évidemment pas leur pays pour les mêmes raisons, mais nous devons prendre garde à ne pas renforcer une hiérarchie qui existe déjà dans l’esprit du public. Les études d’opinion montrent par exemple que l’opinion publique européenne a un regard beaucoup plus positif et bienveillant sur les réfugiés que sur les migrants. Aucun projet migratoire n’est illégitime et vouloir séparer les « bons » des « mauvais » migrants – l’immigration « choisie » et l’immigration « subie » – est Dessin Kroll Migrantsinsupportable. L’excellent dessinateur Pierre Kroll résumait cela très bien dans un dessin paru dans le journal belge Le Soir : on y voit un migrant en train de se noyer ; un bateau de Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières, arrive à son secours et lui demande : « Est-ce que vous vous définiriez comme un “réfugié politique” ou un “migrant économique” ? Parce que c’est très important pour nous. » Et la distinction, de surcroît, n’est pas toujours aussi facile à faire qu’elle n’en a l’air. Pour beaucoup de migrants « économiques », migrer est aussi souvent la seule option. Toute migration est aussi, au départ, un déracinement et un déchirement.

Au vu de la petitesse des mesures et de la mobilisation, l’Union européenne, dans son idéal de paix et de respect des droits de l’homme, est-elle selon vous discréditée ?

C’est bien l’idée même du projet européen, la raison d’être de l’Europe, qui est en cause ! Angela Merkel a parfaitement raison de dire que c’est l’âme de l’Europe qui est menacée, et que l’incapacité de l’Europe à répondre à cette tragédie signifierait, selon ses propres mots, la fin de l’Europe « que nous voulions ». C’est pour cela que cette crise est infiniment plus grave pour l’Europe que la crise des finances grecques, par exemple : celle-ci touchait à des règles, à des mécanismes de fonctionnement, tandis que celle-là touche aux fondements mêmes de l’Europe. Je trouve d’ailleurs assez curieux que l’on ait évoqué à l’époque une sortie de la Grèce de l’Europe, alors que personne ne semble évoquer aujourd’hui une sortie de la Hongrie. Comme si le respect des valeurs fondamentales d’humanisme était juste une condition d’entrée dans l’Union européenne dont on pouvait se dispenser après. Mais l’Europe n’est pas seule en cause : depuis janvier 2015, les Etats-Unis ont accueilli moins de 1 500 réfugiés syriens. En juin dernier, le Canada avait refusé la demande de réinstallation de la famille du petit Aylan, le garçon qu’on a retrouvé échoué sur une plage turque. Et je ne parle même pas de l’égoïsme abject des monarchies du Golfe. Le flux migratoire le plus important du monde est celui qui relie l’Asie du Sud aux pays du Golfe, où les travailleurs bengladais, pakistanais ou sri-lankais sont réduits en esclavage. Mais lorsqu’il s’agit d’offrir l’asile aux Syriens, aux Irakiens ou aux Erythréens qui fuient pour sauver leur vie, les monarchies du Golfe sont aux abonnés absents.

Personne n’aborde la question des réfugiés climatiques qui, demain, au même titre que les migrants politiques ou économiques, viendront frapper à la porte de l’Europe. Pourquoi, selon vous ?

Parce que notre attitude sur ces questions est hélas purement réactive et pas du tout prospective. Il aura fallu 22 000 morts et la photo d’un enfant noyé pour que l’on convoque enfin un sommet européen extraordinaire. Au moment de la crise des finances grecques, qui apparaît bien dérisoire aujourd’hui, il y avait un sommet européen toutes les 48 heures ! Les réfugiés climatiques, pour l’instant, restent confinés à l’intérieur des frontières de leur pays et n’apparaissent donc pas comme une priorité. C’est une vision égoïste et de court-terme. Chaque seconde, une personne est déplacée par une catastrophe naturelle ; 20 millions environ chaque année. On ne discute donc pas d’un risque futur et lointain, mais d’une réalité concrète et présente ! A part le Pentagone, personne n’évoque non plus les causes climatiques de la guerre civile en Syrie, alors que des chercheurs des universités de Californie à Santa Barbara et Columbia ont récemment mis en évidence le rôle des sécheresses dans la déstabilisation du pays. (1)

(1) Kelley, C. P., Mohtadi, S., Cane, M. a, Seager, R., & Kushnir, Y. (2015). « Climate change in the Fertile Crescent and implications of the recent Syrian drought ». Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 112(11), 3241–6. doi:10.1073/pnas.1421533112
Source : Terraeco.net, le 7 septembre 2015

La frontière, un fantasme dangereux – par Jean Quatremer

15 Sep

Après un an et demi d’inactivité sur ce blog, le drame des migrants, qui me tord les boyaux chaque fois que je cède un peu trop à mon addiction à l’information, est souvent assez mal traité par les média qui ont voulu se livrer à une analyse.
Parmi ce flot d’information, quelques journaux ressortent tout de même du lot, en fournissant simplement des témoignages assez exhaustif de ce qu’est l’aventure d’un migrant arrivant en Europe ; cette information-là, brute, méconnue, simple, et pourtant dépourvue d’analyse, est d’une remarquable qualité, quand d’autres nous inondent de chiffres, qui déshumanisent, et se contredisent tellement qu’ils ne veulent souvent plus rien dire.

D’autres journalistes, en se détachant du drame que subissent ces centaines de milliers de personnes, parviennent tout de même à nous livrer un regard original sur les enjeux de ce qui est en train de se passer en Europe. C’est le cas de Jean Quatremer, dans cet édito du 27 août, sur une question qui m’est très chère, celle du concept de frontière :

La frontière, cette ligne invisible née au XVIe siècle dans son acception moderne d’une ligne étroitement définie, a connu son apogée au XXe siècle, à la suite du premier conflit mondial : frontière politique, bien sûr, celle qui marque la limite de l’autorité de l’Etat et de l’effet des lois, frontière militaire avec la construction de murs (ligne Maginot, ligne Siegfried), frontière administrative avec la généralisation des contrôles d’identité ou encore frontière idéologique matérialisée par une barrière comme le Rideau de fer. Dans les pays autoritaires, communistes surtout, on a même inventé les frontières intérieures avec la nécessité d’obtenir une autorisation pour se déplacer.

La frontière, c’est bien plus qu’une ligne juridique, c’est le fantasme d’un espace homogène qui protège de l’autre, définit par rapport à l’autre : il y a le dedans et le dehors, le national et l’étranger, la sécurité et la menace… La suppression de ces fronts et frontières a longtemps été un rêve, celui où les êtres humains pourraient circuler librement d’un espace à l’autre, une revendication libertaire dans un monde qui ne cessait d’accentuer les contrôles sur les hommes et les femmes alors qu’il libéralisait les mouvements des marchandises et des capitaux.

La chute du communisme soviétique, en 1989, et la libération des peuples d’Europe de l’Est ont laissé croire que ce moment était enfin arrivé : c’était la fin de l’histoire. Dans la foulée, l’Union européenne, née d’un rêve de paix, a réalisé le premier espace sans frontière de l’histoire moderne en supprimant en 1995, avec la convention de Schengen, le contrôle à ses frontières intérieures. Mais, l’exemple européen n’a pas été suivi.

Bien au contraire : les frontières et les murs se sont multipliés. Non seulement les murs existant, comme celui qui sépare les deux Corées ou Chypre du Nord et Chypre du Sud, ne sont pas tombés, mais ils se sont multipliés à travers la planète, soit pour des raisons militaires, soit, et c’est la majorité des cas, pour stopper les mouvements de personnes. Mur entre Israël et les Territoires occupés, mur entre les Etats-Unis et le Mexique, mur entre la Corée du Nord et la Chine, mur entre l’Inde et le Bangladesh, mur entre le Botswana et le Zimbabwe, etc. Pis, l’Union s’est mise à son tour à construire des murs à ses frontières extérieures : entre l’Espagne et le Maroc, entre la Bulgarie et la Turquie, entre la Grèce et la Turquie, entre la Hongrie et la Serbie.

La frontière s’est même sophistiquée : elle est physique, mais aussi dématérialisée. Caméras de surveillance, systèmes informatiques perfectionnés (SIS, Système d’information Schengen, ou PNR, Passenger Name Recorder), surveillance satellitaire et aérienne, etc. Mieux : elle n’est plus limitée à une simple ligne. Dans l’espace Schengen, les contrôles peuvent avoir lieu sur une bande de 20 kilomètres de part et d’autre des frontières extérieures, mais aussi intérieures, dans le pays d’origine via les visas, dans les aéroports. La frontière est désormais partout. Le XXIe siècle a déjà dépassé le XXe siècle.

Et pourtant, on entend de bonnes âmes réclamer le rétablissement des frontières intérieures de l’Union afin d’enrayer l’afflux de migrants ou le terrorisme (au choix). Cette mystique de la frontière, qui se renouvelle sans cesse, ne devrait pas, en bonne logique, s’arrêter aux frontières nationales : pourquoi ne pas rétablir les barrières d’octroi (placées à l’entrée des villes) ou les livrets de déplacement intérieur afin de contrôler les allées et venues de chacun, puisque le terrorisme est surtout le fait de nationaux…

Une exagération ? Même pas. Cette logique de surveillance générale est déjà à l’œuvre, puisqu’il faut bien traquer les présumés terroristes et les clandestins : la loi française sur la sécurité intérieure et les contrôles systématiques d’identité sont là pour le montrer. L’idéologie de la frontière étanche aboutit à l’extension de son domaine naturel à l’ensemble du territoire : tous suspects !

Une frontière, c’est le renoncement à de nombreuses libertés : liberté de se déplacer et de travailler, droit au respect de sa vie privée, obligation des autorités de justifier un refus d’entrée, etc. Dès lors que la frontière est partout, l’arbitraire administratif est partout. La sécurité a un prix, la liberté. Et qu’importe que cela ne fonctionne pas : aucune frontière n’a jamais rien empêché. L’armée allemande qui tirait pourtant à vue n’est jamais parvenue à contrôler la frontière avec l’Espagne, pas plus que le mur entre les Etats-Unis et le Mexique n’empêche l’afflux de Latino-Américains. La Méditerranée, une belle frontière naturelle pourtant, ne dissuade pas les migrants de risquer la mort pour fuir conflits et misère. Les murs qui ont échoué, de la Grande Muraille de Chine au Rideau de fer en passant par le mur d’Hadrien, auraient pourtant dû nous apprendre quelque chose sur le sort des empires qui s’isolent.

Jean Quatremer

Source : Jean Quatremer, « La frontière, un fantasme dangereux », Libération, n°10659, jeudi 27 août 2015, p.6

 

Ne lâche pas ma main

14 Nov

Ne lâche pas ma main.

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Merci!

28 Mai

Merci!

Hétéros, entendez notre douleur ! Nous avons besoin de votre soutien !

22 Avr

Nous les homosexuels,

Chacun d’entre nous sait que les antisémites revendiquent ne pas l’être, que les racistes revendiquent ne pas l’être, et qu’il est logique que les homophobes revendiquent ne pas être homophobes.

Chacun d’entre nous est conscient que lors des agressions physiques homophobe, ça aurait pu être nous, accompagnés de vous peut-être.

Chacun d’entre nous a été incroyablement blessé, s’est senti sali, humilié par la violence inouïe des propos homophobes venant de toute part, en famille, au travail, dans la rue…

Chacun d’entre nous a redécouvert la peur à cause de son orientation sexuelle, emporté dans le tourbillon de la haine décomplexée.

Chacun d’entre nous porte en lui le souvenir que, dans les années 40, certains ont été déportés dans les camps de la mort au côté des juifs parce qu’ils était comme nous, que certains aujourd’hui dans le monde sont encore condamnés à la peine capitale.

Chacun d’entre nous se rend bien compte que l’homophobie est telle que certains homosexuels eux-mêmes ont fini par l’intégrer, que non, Xavier Bongibault ou Homovox ne représentent en rien les homosexuels de ce pays. N’oubliez pas que c’est un petit brun rachitique qui a convaincu tout un peuple de la supériorité des grands blonds musclés.

Chacun d’entre nous est horrifié de voir que toute une génération d’homos (ceux qui ont aujourd’hui entre 12 et 20 ans) aura été traumatisée 6 mois durant par une brutalité qu’ils ne soupçonnaient pas et qui les a désignés comme bouc-émissaires.

Chacun d’entre nous sait qu’une bonne partie des slogans entendus dans leur Manif Pour Tous, est passible de poursuites pénales pour incitation à la haine. Si ces poursuites n’auront pas lieu, c’est simplement parce que les tribunaux seraient dépassés par le nombre de cas.

Chacun d’entre nous a été saisi à froid de réaliser que l’homophobie ordinaire qui existait dans une certaine frange de la population a pu ainsi occuper l’espace public et médiatique des mois durant, remuant ainsi le couteau dans la plaie de notre mémoire collective.

Nous les homos, profondément blessés, meurtris, désemparés après ces mois de déchainement contre nous, nous avons besoin de votre soutien !

Nous avons besoin de signes de votre part nous montrant que nous ne sommes pas seulement tolérés.

Nous avons besoin de savoir que l’on pourra compter sur vous à l’avenir et que nous ne serons pas seuls face à la haine et l’homophobie.

Déboussolés, nous avons besoin d’être rassurés, de ressentir cette force comme celle donnée par un ami qui nous sert dans ses bras sans dire un mot mais qui réconforte simplement par sa présence.

A l’occasion de tous les différents rassemblements contre l’homophobie qui se tiennent en France, ce n’est pas à nous de vous demander de nous y accompagner, c’est à vous de nous le proposer. Donnez-vous l’occasion de faire grandir les cortèges qui prônent l’amour, le respect et la tolérance pour que la Manif Pour La Haine ne monopolise pas le terrain et cesse de répandre la terreur chez toute une partie de la population. 

Ne négligez pas le désarroi et le malaise profond dans lesquels ont pu sombrer vos proches homos suite à ce déferlement d’homophobie.

Ne négligez pas les souffrances profondes que nous avons pu éprouvées et que l’on ne pourra jamais oublié.  

 

Dans le contexte actuel, approuver en silence le vote de la loi Taubira ne suffit pas. L’enjeu est bien au-delà ! Vous avez le devoir de montrer à vos proches homos, et peut-être plus encore à ceux dont vous pensez qu’ils peuvent être homos sans qu’ils réussissent à en parler, que vous êtes à leurs côtés.

La liberté, nous l’avons gagnée petit à petit au fil des décennies. L’égalité c’est pour demain. Mais nous avons perdu la fraternité. Aidez-nous à la retrouver !

Il en va de la préservation des valeurs républicaines, mais surtout de la dignité de millions de personnes, qui sont vos amis, vos cousins, oncles et tantes, vos enfants, les amis de vos enfants, vos voisins, vos clients, vos commerçants, vos collègues…

 

Merci !

 

Les leçons européennes non retenues de l’affaire Depardieu

13 Mar

La manière dont a été traitée par les média l’affaire de l’exil fiscal de Depardieu montre que les journalistes regardent toujours un fait par le petit bout de la lorgnette, ne voyant qu’une seule facette d’un problème. Je le dis franchement, résumer cette affaire à « est-ce bien ou mal de laisser un riche français célèbre se rendre coupable d’exil fiscal ? » sans autre forme d’explication relève du journalisme de caniveau. Et ils s’en sont tous donnés à cœur joie. Revenons à froid sur le cas Depardieu…

L’exil fiscal dans l’UE, c’est quoi ?

Ce que les média ont appelé un exil fiscal, qu’est ce que c’était, concrètement ? Dans les faits, Gérard Depardieu a changé de résidence principale. De son grandiose palais parisien, il a déménagé à ce qui semblerait être une miteuse maison grise, dans une zone ambiance frontière. Oh bien sûr il n’est pas à plaindre Gérard ; je dis simplement que changer sa résidence fiscale d’Etat, ça implique pas mal de choses ; la principale, celle qui conditionne le changement de domicile fiscale, étant le changement de résidence habituelle. C’est quand même un choix de vie globale de changer de lieu habituel d’habitation, non? Les raisons en sont forcément multiples.

Tel qu’ils l’ont présenté, on pourrait presque penser que Gérard Depardieu n’a fait que transférer sa fortune d’un compte bancaire français pour la planquer sur un compte belge. Mais non, il s’agit bien un déménagement. Des règles existent, établies de manière bilatérale entre les Etats, pour déterminer où est située la résidence fiscale des personnes. Dès lors, qu’elles s’appliquent à M. Depardieu comme à n’importe lequel d’entre nous, ni plus, ni moins !

Un choix personnel parfaitement légal

Son conseiller fiscal lui a sans doute parlé un jour du fait que s’il était résident belge il économiserait quelques millions d’euros d’impôts. A base de cette information, il a du se renseigner, peser les tenants et les aboutissants, et finalement décidé d’établir sa résidence principale à Néchin. La liberté de circulation en Europe le lui permet, alors, rien de plus facile.

Que l’aspect fiscal de cette sa décision soit en réalité prépondérant, ce qui fait peu de doute, n’y change rien. Qu’il donne l’impression de nous narguer en s’installant juste de l’autre côté de la frontière, de là où il peut encore nous faire coucou, à nous qui ne profitons plus de ses impôts, non plus. Qu’il le fasse à un moment où les média pestent sur les salaires mirobolants des acteurs encore moins. Ce n’est plus un fait que l’on a critiqué, c’est une intention. Ce genre de considérations pseudo-morales n’ont rien à faire dans le débat public.

Si on critique l’exil fiscal de Depardieu, alors on devrait penser à interdire la profession de conseiller fiscaliste. A quoi serviraient-ils s’ils ne peuvent même plus informer qu’un contribuable gagnerait des millions en s’établissant à un endroit ou à un autre ? Ce serait alors ce métier qui serait immoral, pas un déménagement !

Les média ont oublié de parler d’Europe, pour changer…

« La réalité est qu’il n’y a aujourd’hui pas plus de frontières entre Paris et Néchin qu’entre Madrid et Barcelone, ou entre Varsovie et Cracovie. Néchin n’est qu’une petite commune belge de la banlieue lilloise. La frontière juridique qui existe entre la commune belge et la commune française d’en face, qui fait que des lois si différentes continuent de s’appliquer de part et d’autre, n’est qu’une verrue de l’Histoire dont les chirurgiens politiques du XXIème siècle n’ont plus qu’à procéder à l’ablation… à condition évidemment de pouvoir la regarder en face, et de ne pas avoir peur à l’idée d’utiliser le bistouri adéquat !

Sur le site de l’Union Européenne, on peut lire que « Les États signataires [des accords de Schengen] ont aboli toutes leurs frontières internes pour une frontière extérieure unique. » Les frontières entre Etats, au sein de l’UE, n’en sont plus ! Elles n’existent plus que dans l’esprit des fiscalistes, des douaniers et, visiblement, des politiques.

Qu’il s’agisse de celui qui a incarné Obélix, Cyrano de Bergerac, Jean de Florette, le colonel Chabert ou Jean Valjean, des rocs, des effigies, que dis-je des effigies, des bastions de la culture commune française, ne change rien à l’affaire. Que ces rôles l’aient rendus richissime non plus. Monsieur Depardieu reste un citoyen européen parce qu’il est citoyen français. C’est donc à ce titre qu’il a pleinement le droit, comme vous et moi, de se déplacer et de résider où bon lui semble sur l’ensemble du territoire Schengen. S’il y a un droit fondamental que la construction européenne nous a apporté, c’est bien celui-là ; et ce droit ne saurait être soumis à aucune restriction, condition, ou justification.

Le fait d’être pauvre ne doit en aucun cas constituer un empêchement à cette liberté, comme les Etats l’essaient trop souvent ; le fait d’être riche non plus ! En quoi la richesse justifierait-elle une interdiction de résidence en dehors du territoire national, tel un repris de justice interdit de sortir d’un territoire délimité ?

Dans la situation actuelle, l’ « exil fiscal » au sein d el’UE, est donc, et doit rester, un droit fondamental!

Qu’est ce qu’être français ? Oui mais qu’est-ce qu’être européen ?

Un député socialiste, que j’apprécie par ailleurs, a été jusqu’à déclaré que le cas de Gérard Depardieu devra nous faire réfléchir à ce qu’est être français ; question à laquelle il apportait la réponse suivante : « c’est payer ses impôts en France ». Comment peut-on en venir à entendre de telles énormités ? Combien serions-nous alors à devoir être déchus de notre nationalité française sur le champ ? Combien de centaines de milliers d’étrangers vivant en France devraient obtenir immédiatement la nationalité française. Cela n’a aucun sens.

La vraie bonne question est de savoir qu’est ce qu’être européen ? Et une des premières réponses est, toujours la même : d’avoir le droit de se déplacer et de vivre partout où on le souhaite sur l’ensemble du territoire européen.

A part de brasser du vent, quelle action possible ?

Les critiques sont venues de toutes parts. Des hordes d’indignés par le comportement de Depardieu ont envahi les plateaux et les éditos.

Mais pourtant, des solutions existent pour remédier à cette situation où les plus riches en sont rendus à choisir leur lieu de résidence au sein de l’Union Européenne sur des critères fiscaux. Parce qu’évidemment on se rend bien compte que quelque chose ne tourne pas tout à fait rond. J’en vois deux, assez simples en théorie : d’une part, interdire ce qu’on a considéré comme de l’évasion fiscale, c’est-à-dire interdire que quelqu’un déménage à partir du moment où l’on considère que sa motivation première est la fiscalité : tentant, mais un peu subjectif comme critère non ? Et puis discriminatoire aussi…

L’autre solution, c’est de s’atteler enfin à rendre ce genre de pratiques inutiles. Il suffit d’une vraie harmonisation fiscale européenne, décidée dans un processus de décision à 27 pour mettre un terme à cette logique bilatérale, obscure et incompréhensible pour le citoyen européen… La liberté de circulation des capitaux, des biens, des services et des personnes était évidemment une bonne chose, mais elle n’est pas complète si certaines harmonisations ne viennent pas lui donner tout son sens ; pire, cette liberté de circulation inspire la méfiance des peuples si on voit que seuls les puissants arrivent à en tirer pleinement profit.

Le dumping fiscal, la présence de paradis fiscaux au sein du continent, des différences substantielles sur la situation concrète d’un contribuable selon qu’il habite dans un pays ou dans un autre, devrait susciter une insatisfaction unanime des dirigeants européens ! C’est en ce sens qu’ils peuvent agir !

Si l’Europe est faible, c’est l’Europe toute entière qui perd.

En attendant, Gérard Depardieu a clos ce débat en demandant au final la nationalité russe, qui lui a été remise en moins d’une semaine, sur décision directe et unilatérale de Vladimir Poutine, finissant de prouver au passage que le concept même de nationalité n’est plus adapté à ce siècle.

Il en a alors profité pour glorifier la démocratie à la russe tout en expliquant à qui voulait l’entendre qu’il avait été maltraité en France. Il est là le véritable drame de cette histoire ! Le message qu’a fini par envoyer à la face du monde un Gérard Depardieu blessé par ses concitoyens européens est désastreux. L’Europe finit humiliée et ce sont toutes ses valeurs, et le concept de citoyenneté qu’elle laisse se faire piétinées.

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Happy ONE BILLION RISING day!

14 Fév

Parce que les femmes subissent encore trop de violences physiques et morales!
Parce que le respect d’une personne pour ce qu’elle est ne se négocie pas!
Parce que l’heure des femmes est venue!
Parce que quelque soit la catégorie de personnes victimes de discriminations et d’humiliations, c’est au final le même combat!

Moi aussi je lève la main pour soutenir le 1 BILLION RISING DAY!

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