Obésité, surpoids et troubles alimentaires : la sophrologie plus efficace que les régimes ?  

12 Sep

Cet article est le premier que je publie en lien avec ma formation de sophrologue généraliste, alors que j’aimerais, une fois installé, au printemps 2017, pouvoir accompagner des personnes sur leur gestion des troubles alimentaires. Cela fait évidemment écho à ma propre histoire, sur laquelle j’ai avancé et je continue d’avancer de mon côté. 

Je suis ce que je mange

Les gros sont gros parce qu’ils mangent trop ou parce qu’ils mangent mal. Pour leur permettre de retrouver la ligne, il leur suffit de manger moins et mieux. Il y a quelques dizaines d’années, cette idée aurait eu plutôt tendance à faire l’unanimité. A un problème simple, on apportait ainsi une solution simple (simpliste ?).  En poursuivant la logique, on en arrive à la conclusion que si quelqu’un est gros, c’est donc qu’il ne fait rien pour changer son alimentation.

En effet, chacune de nos cellules qui s’est créée est le produit, entre autres, de l’action de ce que nous ingérons sur notre organisme, de ce que nous buvons et ce que nous mangeons. En ce sens, nous sommes ce que nous mangeons ; notre corps se constitue des lipides, des glucides et des protéines que nous avalons, par la magie du mécanisme de la digestion. Faisons un régime pour ingurgiter autre chose, et notre corps changera.

Le cercle vertueux du principe d’action positive

Aujourd’hui, on sait heureusement que cette approche, sans qu’on puisse dire qu’elle soit erronée, est pour le moins incomplète. Si les régimes sont aussi efficaces sur le court terme et que leur taux de succès à long terme est aussi mauvais, c’est que d’autres choses rentrent en jeu.

Le principe d’action positive sur lequel repose la sophrologie apporte déjà un nouvel élément de réponse. En sophrologie, nous allons considérer que nous sommes composés de 3 structures : notre corps, nos émotions, et notre mental, à laquelle correspondent d’ailleurs 3 régions cérébrales distinctes que sont, respectivement, le cerveau végétatif, le cerveau limbique et le néocortex. Surtout, le principe d’action positive dit que toute action positive sur une de ces trois structures a des répercussions positives sur les 2 autres ; cela marche dans le sens des cercles vertueux, mais aussi bien-sûr, des cercles vicieux. Nos émotions et nos pensées négatives auraient donc des effets négatifs directs sur notre corps.

capture2Différentes études neuroscientifiques viennent apporter une explication au principe d’action positive en démontrant la force du lien qui unit notre corps à notre esprit et en étayant l’importance des mécanismes psychosomatiques.[1] En particulier, le lien entre ventre et cerveau a été porté à la connaissance du grand public par le reportage Le ventre, notre deuxième cerveau qui révélait que notre ventre contiendrait environ 200 millions de neurones qui participeraient au bon fonctionnement du système digestif. Ce reportage mettait d’ailleurs en relief l’excellence nantaise en matière de recherche sur la neurogastroentérologie.[2] La sophrologie est même citée, avec d’autres pratiques comme la méditation ou le yoga, comme étant associée à un risque réduit de 50% d’obésité.[3]

La conscience du corps

Si c’est de manger d’une certaine manière qui nous rend gros, alors pourquoi mangeons-nous comme cela, quand, bien souvent, nous savons que c’est la cause du surpoids ? Les raisons de ces troubles alimentaires seraient donc à chercher du côté de nos émotions et de notre mental.

Premièrement, la sophrologie, en travaillant sur la conscience du corps, va aider la personne à s’assurer qu’elle n’a pas une image erronée d’elle-même. On entend souvent parler des anorexiques qui se voient toujours plus gros qu’ils ne le sont en réalité, mais la nécessité d’ajuster et d’affiner une conscience plus exacte de son corps peut aussi être nécessaire pour les personnes en surpoids.

La sophrologie va aussi aider à être plus à l’écoute des sensations corporelles, permettant ainsi aux sensations de faim, de satiété, de lourdeur ou de légèreté de devenir nos alliées. Grâce à une écoute du corps affinée, nous avons une meilleure connaissance et une meilleure conscience de nos besoins corporels. En les intégrant physiquement, émotionnellement, mentalement, par notre vécu des séances de sophrologie, nous pouvons ensuite agir en conséquence, pour répondre à nos besoins véritables.

La conscience de nos mécanismes émotionnels et mentaux

La sophrologie va également permettre un travail sur la gestion du stress et des émotions désagréables alors que frustrations, culpabilité sont souvent sources de tiraillements quand on traite des troubles alimentaires.capture

Chez des personnes pour qui l’équilibre alimentaire et le poids est un problème, et en particulier après des échecs successifs de régimes, un discours intérieur négatif et souvent dévalorisant prend la place et vient plomber la confiance et l’estime de soi, que la sophrologie aide aussi à rétablir.

La sophrologie va également permettre de prendre conscience et de faire le tri dans les conditionnements (ce dessert dont on ne sait pas se passer dans un repas est-il un choix ou un automatisme ?) et les injonctions (le « finis ton assiette » qu’on a pu intégrer étant petit) qui dictent nos comportements alimentaires. En en prenant conscience, en s’y reliant différemment, nous sommes alors en mesure de faire des choix, de redevenir maitres de nos actions.

Maintenant qu’il y a la sophrologie, adieu les régimes ?

Les troubles alimentaires sont intrinsèquement liés aux addictions, à cette différence près, que s’il n’est pas nécessaire de fumer ou de jouer de l’argent pour vivre, il est indispensable de s’alimenter, et nous sommes donc condamnés à trouver notre équilibre alimentaire. Les régimes ont aussi bien prouvé leur efficacité que leur inefficacité. La question de savoir si la sophrologie peut remplacer les régimes est donc une fausse question.

Comme sur d’autres thématiques qu’elle peut traiter, la sophrologie propose une approche différente, qui peut s’avérer complémentaire, avec des objectifs différents. Alors que les régimes vont avoir pour but de faire maigrir, la sophrologie permettra de mobiliser toutes les capacités de la personne pour mieux vivre sa situation et, si elle souhaite la changer, de le faire en conscience, optimisant ainsi les chances de réussite. A chacun de choisir l’approche qui lui correspond.

Si après plusieurs régimes qui se sont révélés inefficaces dans la durée, vous avez envie d’une autre méthode, la sophrologie peut aider à ce que vos structures corporelles, mentales et émotionnelles agissent de concert dans la direction de ce que vous souhaitez. Elle agit comme un incubateur de changement vers un mieux-être.

 

Thomas LEY

[1] Voir notamment : « La connexion esprit-corps, bien plus dense qu’on ne le pensait », dans Sciences et Avenir, août 2016

[2] Voir : http://www.chu-nantes.fr/diffusion-du-documentaire-le-ventre-notre-2e-cerveau-sur-arte-en-janvier-46718.kjsp

[3] Voir : « Méditer pour perdre du poids », dans Sciences et Avenir, décembre 2015

Le roi Harald V de Norvège lance une ode à la tolérance et au vivre-ensemble

12 Sep

Puissent les responsables politiques français et européens avoir le courage de célébrer aussi simplement, et sans détour, notre diversité et les liens qui nous unissent.

 

Sur la crise des migrants, interview de François Gemenne, spécialiste des flux migratoires

15 Sep

« Aucun projet migratoire n’est illégitime et vouloir séparer les « bons » des « mauvais » migrants – l’immigration « choisie » et l’immigration « subie » – est insupportable. »

Une excellente interview, d’un journal d’une grande qualité, que je me devais de relayer sur ce blog.

François Gemenne est spécialiste des migrations et chercheur en sciences politiques à l’université de Liège, en Belgique, et à Sciences-Po Paris.

Les grands capitales européennes semblent découvrir la situation des migrants alors que vous travaillez cette question depuis plus d’une décennie. Cette inertie n’est-elle pas insupportable ? Et comment s’explique-t-elle ?

Cette inertie à l’égard des migrants est criminelle et insupportable, en effet. Cela fait au moins vingt ans que l’Union européenne s’est donnée pour objectif de développer une politique commune en matière d’asile et d’immigration, et jusqu’ici cette politique s’est résumée à un renforcement des frontières extérieures, pour créer une forteresse réservée à 700 millions de privilégiés. Cela s’explique pour plusieurs raisons : en premier lieu, l’Europe n’a pas encore développé de véritable projet politique sur la question. Les réponses sécuritaires déployées jusqu’ici ne peuvent masquer l’absence de projet politique sur l’asile et l’immigration. Mais surtout, les Etats restent très réticents à coopérer sur ces questions, principalement pour des raisons idéologiques absurdes, et restent arc-boutés sur une souveraineté nationale fantasmée. De ce fait, le projet politique européen sur l’asile et l’immigration est resté lettre morte. Le résultat de cette inertie, c’est 22 000 morts en Méditerranée depuis 2000. C’est l’Europe qui est devenue la destination du monde la plus meurtrière pour les migrants. Et c’est l’Europe qui s’est mise elle-même dans cette situation qui la dépasse aujourd’hui. C’est pour cela que la tragédie actuelle est une crise européenne, même si l’Europe n’est pas seule en cause.

Plus de 300 000 personnes semblent avoir tenté de franchir la Méditerranée depuis le début de l’année. Ces chiffres sont-ils colossaux au regard de l’histoire ?

Non. Ce sont évidemment des chiffres importants, qu’il ne faut pas minimiser, mais qu’il faut remettre en perspective. L’afflux actuel de réfugiés représente 0,068% de la population européenne. Il y a plus de 4 millions de réfugiés syriens. L’Europe en accueille moins de 10%. Il y a 60 millions de personnes déplacées par des guerres et des violences dans le monde : c’est cela le chiffre colossal, le plus important depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Et l’Europe n’accueille que 6% environ de ces 60 millions de personnes. La plupart se trouvent dans les pays en développement – le plus grand camp de réfugiés du monde, par exemple, se trouve au Kenya. Au regard de l’Histoire, l’Europe a la mémoire particulièrement courte : le statut de réfugié est créé en 1951 par la Convention de Genève pour répondre à ce qui était à l’époque une crise des réfugiés insupportable. Et cette crise avait lieu… en Europe, avec des réfugiés européens. Jusqu’en 1967, le statut de réfugié, que l’Europe renâcle tant à accorder aujourd’hui, ne s’est appliqué qu’en Europe.

Y a-t-il une hiérarchie des migrants ?

On a vu ces dernières semaines un débat important dans les médias sur le vocabulaire à utiliser : « migrants » ou « réfugiés » ? Cette question est évidemment très importante, mais elle traduit aussi une certaine hiérarchie des migrants, comme si nous avions des obligations morales vis-à-vis des réfugiés que nous n’aurions pas vis-à-vis des migrants. Bien nommer les choses est important, et migrants et réfugiés ne quittent évidemment pas leur pays pour les mêmes raisons, mais nous devons prendre garde à ne pas renforcer une hiérarchie qui existe déjà dans l’esprit du public. Les études d’opinion montrent par exemple que l’opinion publique européenne a un regard beaucoup plus positif et bienveillant sur les réfugiés que sur les migrants. Aucun projet migratoire n’est illégitime et vouloir séparer les « bons » des « mauvais » migrants – l’immigration « choisie » et l’immigration « subie » – est Dessin Kroll Migrantsinsupportable. L’excellent dessinateur Pierre Kroll résumait cela très bien dans un dessin paru dans le journal belge Le Soir : on y voit un migrant en train de se noyer ; un bateau de Frontex, l’agence européenne de surveillance des frontières, arrive à son secours et lui demande : « Est-ce que vous vous définiriez comme un “réfugié politique” ou un “migrant économique” ? Parce que c’est très important pour nous. » Et la distinction, de surcroît, n’est pas toujours aussi facile à faire qu’elle n’en a l’air. Pour beaucoup de migrants « économiques », migrer est aussi souvent la seule option. Toute migration est aussi, au départ, un déracinement et un déchirement.

Au vu de la petitesse des mesures et de la mobilisation, l’Union européenne, dans son idéal de paix et de respect des droits de l’homme, est-elle selon vous discréditée ?

C’est bien l’idée même du projet européen, la raison d’être de l’Europe, qui est en cause ! Angela Merkel a parfaitement raison de dire que c’est l’âme de l’Europe qui est menacée, et que l’incapacité de l’Europe à répondre à cette tragédie signifierait, selon ses propres mots, la fin de l’Europe « que nous voulions ». C’est pour cela que cette crise est infiniment plus grave pour l’Europe que la crise des finances grecques, par exemple : celle-ci touchait à des règles, à des mécanismes de fonctionnement, tandis que celle-là touche aux fondements mêmes de l’Europe. Je trouve d’ailleurs assez curieux que l’on ait évoqué à l’époque une sortie de la Grèce de l’Europe, alors que personne ne semble évoquer aujourd’hui une sortie de la Hongrie. Comme si le respect des valeurs fondamentales d’humanisme était juste une condition d’entrée dans l’Union européenne dont on pouvait se dispenser après. Mais l’Europe n’est pas seule en cause : depuis janvier 2015, les Etats-Unis ont accueilli moins de 1 500 réfugiés syriens. En juin dernier, le Canada avait refusé la demande de réinstallation de la famille du petit Aylan, le garçon qu’on a retrouvé échoué sur une plage turque. Et je ne parle même pas de l’égoïsme abject des monarchies du Golfe. Le flux migratoire le plus important du monde est celui qui relie l’Asie du Sud aux pays du Golfe, où les travailleurs bengladais, pakistanais ou sri-lankais sont réduits en esclavage. Mais lorsqu’il s’agit d’offrir l’asile aux Syriens, aux Irakiens ou aux Erythréens qui fuient pour sauver leur vie, les monarchies du Golfe sont aux abonnés absents.

Personne n’aborde la question des réfugiés climatiques qui, demain, au même titre que les migrants politiques ou économiques, viendront frapper à la porte de l’Europe. Pourquoi, selon vous ?

Parce que notre attitude sur ces questions est hélas purement réactive et pas du tout prospective. Il aura fallu 22 000 morts et la photo d’un enfant noyé pour que l’on convoque enfin un sommet européen extraordinaire. Au moment de la crise des finances grecques, qui apparaît bien dérisoire aujourd’hui, il y avait un sommet européen toutes les 48 heures ! Les réfugiés climatiques, pour l’instant, restent confinés à l’intérieur des frontières de leur pays et n’apparaissent donc pas comme une priorité. C’est une vision égoïste et de court-terme. Chaque seconde, une personne est déplacée par une catastrophe naturelle ; 20 millions environ chaque année. On ne discute donc pas d’un risque futur et lointain, mais d’une réalité concrète et présente ! A part le Pentagone, personne n’évoque non plus les causes climatiques de la guerre civile en Syrie, alors que des chercheurs des universités de Californie à Santa Barbara et Columbia ont récemment mis en évidence le rôle des sécheresses dans la déstabilisation du pays. (1)

(1) Kelley, C. P., Mohtadi, S., Cane, M. a, Seager, R., & Kushnir, Y. (2015). « Climate change in the Fertile Crescent and implications of the recent Syrian drought ». Proceedings of the National Academy of Sciences of the United States of America, 112(11), 3241–6. doi:10.1073/pnas.1421533112
Source : Terraeco.net, le 7 septembre 2015

La frontière, un fantasme dangereux – par Jean Quatremer

15 Sep

Après un an et demi d’inactivité sur ce blog, le drame des migrants, qui me tord les boyaux chaque fois que je cède un peu trop à mon addiction à l’information, est souvent assez mal traité par les média qui ont voulu se livrer à une analyse.
Parmi ce flot d’information, quelques journaux ressortent tout de même du lot, en fournissant simplement des témoignages assez exhaustif de ce qu’est l’aventure d’un migrant arrivant en Europe ; cette information-là, brute, méconnue, simple, et pourtant dépourvue d’analyse, est d’une remarquable qualité, quand d’autres nous inondent de chiffres, qui déshumanisent, et se contredisent tellement qu’ils ne veulent souvent plus rien dire.

D’autres journalistes, en se détachant du drame que subissent ces centaines de milliers de personnes, parviennent tout de même à nous livrer un regard original sur les enjeux de ce qui est en train de se passer en Europe. C’est le cas de Jean Quatremer, dans cet édito du 27 août, sur une question qui m’est très chère, celle du concept de frontière :

La frontière, cette ligne invisible née au XVIe siècle dans son acception moderne d’une ligne étroitement définie, a connu son apogée au XXe siècle, à la suite du premier conflit mondial : frontière politique, bien sûr, celle qui marque la limite de l’autorité de l’Etat et de l’effet des lois, frontière militaire avec la construction de murs (ligne Maginot, ligne Siegfried), frontière administrative avec la généralisation des contrôles d’identité ou encore frontière idéologique matérialisée par une barrière comme le Rideau de fer. Dans les pays autoritaires, communistes surtout, on a même inventé les frontières intérieures avec la nécessité d’obtenir une autorisation pour se déplacer.

La frontière, c’est bien plus qu’une ligne juridique, c’est le fantasme d’un espace homogène qui protège de l’autre, définit par rapport à l’autre : il y a le dedans et le dehors, le national et l’étranger, la sécurité et la menace… La suppression de ces fronts et frontières a longtemps été un rêve, celui où les êtres humains pourraient circuler librement d’un espace à l’autre, une revendication libertaire dans un monde qui ne cessait d’accentuer les contrôles sur les hommes et les femmes alors qu’il libéralisait les mouvements des marchandises et des capitaux.

La chute du communisme soviétique, en 1989, et la libération des peuples d’Europe de l’Est ont laissé croire que ce moment était enfin arrivé : c’était la fin de l’histoire. Dans la foulée, l’Union européenne, née d’un rêve de paix, a réalisé le premier espace sans frontière de l’histoire moderne en supprimant en 1995, avec la convention de Schengen, le contrôle à ses frontières intérieures. Mais, l’exemple européen n’a pas été suivi.

Bien au contraire : les frontières et les murs se sont multipliés. Non seulement les murs existant, comme celui qui sépare les deux Corées ou Chypre du Nord et Chypre du Sud, ne sont pas tombés, mais ils se sont multipliés à travers la planète, soit pour des raisons militaires, soit, et c’est la majorité des cas, pour stopper les mouvements de personnes. Mur entre Israël et les Territoires occupés, mur entre les Etats-Unis et le Mexique, mur entre la Corée du Nord et la Chine, mur entre l’Inde et le Bangladesh, mur entre le Botswana et le Zimbabwe, etc. Pis, l’Union s’est mise à son tour à construire des murs à ses frontières extérieures : entre l’Espagne et le Maroc, entre la Bulgarie et la Turquie, entre la Grèce et la Turquie, entre la Hongrie et la Serbie.

La frontière s’est même sophistiquée : elle est physique, mais aussi dématérialisée. Caméras de surveillance, systèmes informatiques perfectionnés (SIS, Système d’information Schengen, ou PNR, Passenger Name Recorder), surveillance satellitaire et aérienne, etc. Mieux : elle n’est plus limitée à une simple ligne. Dans l’espace Schengen, les contrôles peuvent avoir lieu sur une bande de 20 kilomètres de part et d’autre des frontières extérieures, mais aussi intérieures, dans le pays d’origine via les visas, dans les aéroports. La frontière est désormais partout. Le XXIe siècle a déjà dépassé le XXe siècle.

Et pourtant, on entend de bonnes âmes réclamer le rétablissement des frontières intérieures de l’Union afin d’enrayer l’afflux de migrants ou le terrorisme (au choix). Cette mystique de la frontière, qui se renouvelle sans cesse, ne devrait pas, en bonne logique, s’arrêter aux frontières nationales : pourquoi ne pas rétablir les barrières d’octroi (placées à l’entrée des villes) ou les livrets de déplacement intérieur afin de contrôler les allées et venues de chacun, puisque le terrorisme est surtout le fait de nationaux…

Une exagération ? Même pas. Cette logique de surveillance générale est déjà à l’œuvre, puisqu’il faut bien traquer les présumés terroristes et les clandestins : la loi française sur la sécurité intérieure et les contrôles systématiques d’identité sont là pour le montrer. L’idéologie de la frontière étanche aboutit à l’extension de son domaine naturel à l’ensemble du territoire : tous suspects !

Une frontière, c’est le renoncement à de nombreuses libertés : liberté de se déplacer et de travailler, droit au respect de sa vie privée, obligation des autorités de justifier un refus d’entrée, etc. Dès lors que la frontière est partout, l’arbitraire administratif est partout. La sécurité a un prix, la liberté. Et qu’importe que cela ne fonctionne pas : aucune frontière n’a jamais rien empêché. L’armée allemande qui tirait pourtant à vue n’est jamais parvenue à contrôler la frontière avec l’Espagne, pas plus que le mur entre les Etats-Unis et le Mexique n’empêche l’afflux de Latino-Américains. La Méditerranée, une belle frontière naturelle pourtant, ne dissuade pas les migrants de risquer la mort pour fuir conflits et misère. Les murs qui ont échoué, de la Grande Muraille de Chine au Rideau de fer en passant par le mur d’Hadrien, auraient pourtant dû nous apprendre quelque chose sur le sort des empires qui s’isolent.

Jean Quatremer

Source : Jean Quatremer, « La frontière, un fantasme dangereux », Libération, n°10659, jeudi 27 août 2015, p.6

 

Ne lâche pas ma main

14 Nov

Ne lâche pas ma main.

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Merci!

28 Mai

Merci!

Hétéros, entendez notre douleur ! Nous avons besoin de votre soutien !

22 Avr

Nous les homosexuels,

Chacun d’entre nous sait que les antisémites revendiquent ne pas l’être, que les racistes revendiquent ne pas l’être, et qu’il est logique que les homophobes revendiquent ne pas être homophobes.

Chacun d’entre nous est conscient que lors des agressions physiques homophobe, ça aurait pu être nous, accompagnés de vous peut-être.

Chacun d’entre nous a été incroyablement blessé, s’est senti sali, humilié par la violence inouïe des propos homophobes venant de toute part, en famille, au travail, dans la rue…

Chacun d’entre nous a redécouvert la peur à cause de son orientation sexuelle, emporté dans le tourbillon de la haine décomplexée.

Chacun d’entre nous porte en lui le souvenir que, dans les années 40, certains ont été déportés dans les camps de la mort au côté des juifs parce qu’ils était comme nous, que certains aujourd’hui dans le monde sont encore condamnés à la peine capitale.

Chacun d’entre nous se rend bien compte que l’homophobie est telle que certains homosexuels eux-mêmes ont fini par l’intégrer, que non, Xavier Bongibault ou Homovox ne représentent en rien les homosexuels de ce pays. N’oubliez pas que c’est un petit brun rachitique qui a convaincu tout un peuple de la supériorité des grands blonds musclés.

Chacun d’entre nous est horrifié de voir que toute une génération d’homos (ceux qui ont aujourd’hui entre 12 et 20 ans) aura été traumatisée 6 mois durant par une brutalité qu’ils ne soupçonnaient pas et qui les a désignés comme bouc-émissaires.

Chacun d’entre nous sait qu’une bonne partie des slogans entendus dans leur Manif Pour Tous, est passible de poursuites pénales pour incitation à la haine. Si ces poursuites n’auront pas lieu, c’est simplement parce que les tribunaux seraient dépassés par le nombre de cas.

Chacun d’entre nous a été saisi à froid de réaliser que l’homophobie ordinaire qui existait dans une certaine frange de la population a pu ainsi occuper l’espace public et médiatique des mois durant, remuant ainsi le couteau dans la plaie de notre mémoire collective.

Nous les homos, profondément blessés, meurtris, désemparés après ces mois de déchainement contre nous, nous avons besoin de votre soutien !

Nous avons besoin de signes de votre part nous montrant que nous ne sommes pas seulement tolérés.

Nous avons besoin de savoir que l’on pourra compter sur vous à l’avenir et que nous ne serons pas seuls face à la haine et l’homophobie.

Déboussolés, nous avons besoin d’être rassurés, de ressentir cette force comme celle donnée par un ami qui nous sert dans ses bras sans dire un mot mais qui réconforte simplement par sa présence.

A l’occasion de tous les différents rassemblements contre l’homophobie qui se tiennent en France, ce n’est pas à nous de vous demander de nous y accompagner, c’est à vous de nous le proposer. Donnez-vous l’occasion de faire grandir les cortèges qui prônent l’amour, le respect et la tolérance pour que la Manif Pour La Haine ne monopolise pas le terrain et cesse de répandre la terreur chez toute une partie de la population. 

Ne négligez pas le désarroi et le malaise profond dans lesquels ont pu sombrer vos proches homos suite à ce déferlement d’homophobie.

Ne négligez pas les souffrances profondes que nous avons pu éprouvées et que l’on ne pourra jamais oublié.  

 

Dans le contexte actuel, approuver en silence le vote de la loi Taubira ne suffit pas. L’enjeu est bien au-delà ! Vous avez le devoir de montrer à vos proches homos, et peut-être plus encore à ceux dont vous pensez qu’ils peuvent être homos sans qu’ils réussissent à en parler, que vous êtes à leurs côtés.

La liberté, nous l’avons gagnée petit à petit au fil des décennies. L’égalité c’est pour demain. Mais nous avons perdu la fraternité. Aidez-nous à la retrouver !

Il en va de la préservation des valeurs républicaines, mais surtout de la dignité de millions de personnes, qui sont vos amis, vos cousins, oncles et tantes, vos enfants, les amis de vos enfants, vos voisins, vos clients, vos commerçants, vos collègues…

 

Merci !